Cécile Liège, sonographe.

Garder la mémoire des lieux ou des gens en captant leur témoignage, c’est l’action qu’à entreprise Cécile Liège au sein du Sonographe. Rencontre avec cette oreille experte qui a réalisé pour PiNG des balades sonores sur le quartier du château de Rezé.

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Sa vie, son oeuvre

Peux tu te présenter à nos lecteurs ?
– Je m’appelle Cécile. J’ai 32 ans, mère de un, bientôt deux enfants. Je suis sonographe : un métier que j’ai inventé pour réunir tous les projets que j’avais envie de développer autour de l’expression sonore : biographies, ateliers de création sonore, documentaires, etc.

Quel est ton parcours jusqu’au Sonographe ?
J’ai un parcours pas très linéaire : études de commerce international, de gestion culturelle puis de journalisme. Ce sont ces dernières qui m’ont permis de faire de la radio, média que j’adore depuis mon enfance. J’ai d’abord travaillé en free-lance pour différents média (correspondante pour BFM, reporter pour les Ateliers de création radiophoniques de l’Est, rédactrice pour un site internet, etc.) à Strasbourg. Puis dans une radio associative nantaise (Alternantes) : c’est vraiment là que j’ai pu faire ce que je voulais : sortir de l’expression très formatée de l’actu quotidienne sur les radios classiques. A la fois sur le fond et sur la forme. Je me suis en quelque sorte déformatée (même si le formatage m’a tout de même permis d’acquérir technique et rigueur je crois. J’avais sans doute besoin de passer par là, une question de confiance en soi). Et puis je me suis installée en Mayenne. J’ai eu ma fille et j’ai créé le Sonographe.

C’est quoi le Sonographe ?
– J’inviterais bien les lecteurs à visiter mon site internet qui explique très bien tout ça…. www.lesonographe.net

A l’époque de la vidéo partout, le son, c’est pas un peu incomplet ?
– Je suppose que cette question est posée rien que pour m’énerver. Au moment où l’image est omniprésente, j’invite les gens à ouvrir leur imaginaire grâce au son. Le son n’a pas toujours besoin d’image : c’est votre cerveau qui va les créer. C’est bien plus intéressant, non ? Et permet une écoute plus libre.

 

Pour quelles raisons les gens viennent te voir

- C’est difficile de répondre à cette question car je travaille avec des publics très différents. Les particuliers, pour qui je réalise des biographies sonores surtout, veulent transmettre leur histoire avec leur propre voix. Celle-ci étant un élément essentiel de leur personnalité.Lors d’ateliers, c’est pour la liberté de création que cela permet (encore une fois : ouvrir l’imaginaire) et le fait de préserver son image physique, quelques fois jugée trop stigmatisante.Bien sûr, la souplesse d’utilisation du son (sur CD, MP3, Internet, pour une création visuelle, de spectacle vivant, pour une expo, etc.) est aussi un atout. A propos des ballades sonores Dans quelles circonstances as tu rencontré PiNG. Que t'ont-ils proposé ? - C’est par une amie commune que j’ai rencontré PING. Je savais que l’idée de mémoire sonore vous intéressait. Visiblement, je ne m’étais pas trompée.

Est ce que c'était différent de ce que tu avais fait avant ? - Oui et non. Le fait d’aller à la rencontre des gens, de faire sortir des histoires d’un territoire, c’est quand même mon métier de base de journaliste radio. Mais j’avais rarement travaillé avec une telle liberté et, finalement, avec pas mal de temps pour appréhender le quartier. C’est un luxe (même si on voudrait toujours plus !). Quant au format des balades sonores, c’était quelque chose de tout à fait nouveau pour moi.

Comment as tu réalisé concrètement ces reportages ? - J’ai d’abord effectué plusieurs repérages avec Catherine, de Ping. Pour connaître la géographie du quartier, quelques uns de ses acteurs. J’ai passé beaucoup de coups de fil pour prendre des contacts, trouver des personnes ressources et ai passé deux fois une semaine sur place. Je partageais mon temps entre les RDV calés à l’avance et des sons pris sur le vif, au cours d’errances sonores. Les habitants étaient coopératifs ? Quelle était leur réaction à propos du projet ? - La première difficulté que j’ai eue a été d’expliquer le projet : pas facile quand il s’agit du multimédia d’expliquer clairement les choses (d’ailleurs, moi-même ai mis du temps à vraiment comprendre AudaCité…). Mais les gens que j’ai rencontrés m’ont fait confiance. Je crois que la plupart était content de faire partie des balades sonores, intégrés ainsi à la mémoire du quartier.

Comment as tu choisi les gens à interroger ? Comment as tu déterminé les thèmes (architecture, témoignage,...) - D’abord, on a discuté pas mal en amont avec Catherine, de Ping. Et puis j’ai fait des propositions. Une fois sur place, des choses se sont ajoutées, d’autres sont tombées à l’eau. Il y avait des thèmes incontournables (la Barakason, le grand immeuble construit à la place du Château, la médiathèque, etc.). Et d’autres qui sont venus au gré des rencontres. Il y a forcément une grande part de hasard dans un travail comme celui-ci.

 

Y a-t-il des témoignages que tu n'as pas gardés ? Pourquoi ? - Un seul : celui de deux lycéens. Hum… problème technique. Quel est le résultat ? - Une trentaine de « pastilles » sonores de 1 à 10 minutes environ. J’avoue que je ne sais pas trop comment décrire ça. Le mieux est encore d’aller les écouter sur memocite.net, non ? (désolée, je botte en touche là !). Des anecdotes sur tes quinze jours d'immersion ? - Mes deux grands coups de cœur : le Café de la Paix d’abord. C’est un café qui a été rasé deux semaines après mes derniers enregistrements car le quartier en en pleine réhabilitation. J’y ai passé beaucoup de temps de pause et… d’enregistrement. Je suis toujours émue d’en écouter la restitution sonore sur place, car il n’y a aujourd’hui plus rien à la place de ce café. C’est comme entendre des voix de fantômes. Et autre coup de cœur : la rencontre avec Suzanne, sacré personnage du Château !!! As tu essayé les balades ? As tu eu des retours des habitants ? - Oui, j’ai essayé les balades. Je n’ai pas eu beaucoup de retours mais le peu que j’ai eus étaient plutôt positifs car ça a provoqué des envies de réagir à ce qui était dit dans les pastilles sonores. Ce qui est le but : faire que les habitants s’emparent d’AudaCité pour en faire un lieu de mémoire à eux, non ? Sans sortir les grands mots du dimanche, comment penses tu que ton action favorise le lien social ? - Alors là, franchement, je resterai très lucide. Pour que le projet ait un réel impact à l’intérieur du quartier, il faudrait plus d’implication de la part des structures-relais (écoles, CSC, mairie, et autres acteurs). Et puis, c’est encore tôt pour mesurer les effets de ce type de travail. Au fond, je crois que ces balades, dans un premier temps, permettent surtout aux gens de l’extérieur, ou à ceux qui ne connaissent pas bien leur quartier de le découvrir d’une façon originale, très accessible et, sans doute, plus humaine (ça, c’est pour les grands mots du dimanche). Cela signifie une utilisation très intéressante, mais « passive ». L’idéal, maintenant, c’est que les habitants s’approprient l’outil de l’intérieur. Passant ainsi à un mode plus actif. Mais là encore, sans accompagnement… Est ce que tu recommenceras ? - Ha mais j’aimerais beaucoup beaucoup ! Surtout, que j’ai pu mesurer les contraintes (techniques et humaines) d’un tel projet, ce qui fait que j’aborderais cela un peu différemment aujourd’hui. Cette première expérience me donne envie de transformer l’essai ! Ton prochain projet ? - Bien accompagner mon bébé à venir. Et pour, le reste, ce n’est pas encore assez avancé pour en parler… (ça fait très réponse de magazine People, ça, non ?... tout à coup je me sens dans la peau d’une Carla Bruni…).avec des publics très différents. Les particuliers, pour qui je réalise des biographies sonores surtout, veulent transmettre leur histoire avec leur propre voix. Celle-ci étant un élément essentiel de leur personnalité.Lors d’ateliers, c’est pour la liberté de création que cela permet (encore une fois : ouvrir l’imaginaire) et le fait de préserver son image physique, quelques fois jugée trop stigmatisante.Bien sûr, la souplesse d’utilisation du son (sur CD, MP3, Internet, pour une création visuelle, de spectacle vivant, pour une expo, etc.) est aussi un atout.

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