Summerlab 2018

Pour sa cinquième édition, le summerlab version PiNG a invité du 7 au 11 juillet 2018 à explorer collectivement le thème « Récits Nature ».

Depuis 2015, l’association PiNG a fait se croiser regards et pratiques entre chercheurs, artistes, citoyens autour des bouleversements environnementaux que traverse notre société. D’une activité centrée sur numérique et société, l’association s’est ainsi ouverte à de nouvelles méthodes pour décortiquer les controverses scientifiques et environnementales contemporaines, interpeller sur ces sujets,

Le Summerlab 2018 s’est inscrite comme un temps fort du projet « Récits Nature ». Les participants à cette université d’été créative ont été invités à…
… triturer ce thème, le faire leur et l’explorer fonction de leurs idées, parcours, sensibilités.
… Renouveler les récits de la nature en explorant de nouveaux formats au croisement des
pratiques et en invitant à vivre une expérience sensible renouvelée.
… Mettre en perspective la question des technologies comme vecteur ou non d’une meilleure
appréhension/compréhension de la nature.
… Prototyper des méthodes et protocoles dans la mise en œuvre de leurs travaux, croisant
usagers du fablab, étudiants,artistes, chercheurs et citoyens.

Pour cette édition 2018 du Summerlab, PiNG a déplacé son camp d’été vers le littoral et organise cette session à Saint-Nazaire, ville portuaire en renouvellement où la nature côtoie la ville.

www.summerlabnantes.net/2018

Récit par Hermès Germe et Fabien Piasecki

Juillet 2018, la chaleur a pris le dessus en terres ligériennes et l’association PiNG a choisi cette année de téléporter son événement bisannuel de l’été, son Summerlab, sur le littoral nazairien à l’embouchure de Loire, et l’on ne peut que s’en réjouir. S’en réjouir au niveau des conditions météorologiques et du cadre offert par l’École d’arts qui nous accueille mais le néophyte se rend compte assez rapidement qu’il s’est fait embringuer dans un événement totalement hors du sol et du temps, loin des ateliers ou des universités d’été classiques, et qu’il va falloir changer son logiciel interne pour comprendre les codes à l’œuvre et ce qui va se jouer pendant plusieurs jours. Avant un traditionnel (sur la forme) mais amusant brise-glace où les organisateurs et la quarantaine de participants vont apprendre à se connaître, Julien Bellanger, fondateur de PiNG, fait un bref retour historique pour expliquer que les journées auxquelles nous allons assister constituent une adaptation d’une expérience du même nom vécue quelques années plus tôt (en 2011) à Gijón en Espagne par plusieurs membres de PiNG. En résumé et en s’accrochant à quelques mots-clés, on comprend très vite que nous allons vivre une expérience thématique d’autogestion interdisciplinaire cadrée (voir http://www.summerlabnantes.net/2018/page-d-exemple/). Oui, parce qu’autogestion ne signifie pas « absence de cadre », différents espaces d’expression et de création sont présentés (atelier de construction, salle de répétition, salle « informatique »…) au sein même de l’école d’arts mais Charlotte Rautureau, coordinatrice du projet Récits Nature pour PiNG, complète en indiquant que des activités, des explorations et des pérégrinations seront possibles hors de l’enceinte de l’école dont la cour fermée constituera le centre névralgique pendant le Summerlab 2018.

Avant d’en venir aux activités qui seront menées, il est bon ici de témoigner de la diversité socio-culturelle et générationnelle en présence parce qu’elle vaut à elle seule le détour : du lycéen geek mais socialisé au chercheur en biologie en passant par l’architecte fanatique d’harmonographes, la botaniste amateur conteuse, le développeur informatique militant, les musiciennes ou musiciens, l’illustrateur, l’animatrice socio-culturelle, la professeure de yoga, les militants associatifs de tout poil, l’infirmier reconverti en développeur informatique, le journaliste, la relieuse, les praticiens d’une cuisine alternative ou les retraités partageurs, il y a là de tout pour faire un nouveau monde ou le raconter.

 

Sur la forme, le principe du Summerlab est on ne peut plus simple : chacun est libre de proposer un projet ou une activité qu’il soit ou non compétent pour le mener à bien, le propose à l’assemblée des participants qui se tient tous les matins et tente de s’adjoindre des coreligionnaires eux-aussi compétents ou non sur le sujet. En fonction de la capacité de persuasion des uns et des autres, des groupes se forment, des participants s’isolent pour établir un « plan de bataille » pour les jours à venir et faire en sorte que le projet proposé puisse avancer au mieux dans le temps imparti (les quelques jours du Summerlab). Rien n’empêche les porteurs de projet de ne se concentrer que sur une dimension ou une étape de ce qu’ils ont imaginé. Nous évoquions plus haut la simplicité du principe de base de la gouvernance d’un Summerlab mais il ne faut pas longtemps pour se rendre compte de la quantité de travail à fournir en amont (et durant l’événement) par les organisateurs pour que chacun trouve sa place et dispose des moyens nécessaires à la réalisation de son objet, à la mise en œuvre de son projet, au développement de son outil, à son « délire » créatif.


Loin de nous l’idée d’avoir l’ambition ici de rendre compte de tout ce que ce
Summerlab 2018 a pu faire émerger ou produire : il aurait fallu un préalable à cela le don d’ubiquité… Aussi nous renvoyons-vous au site web de l’association PiNG (http://www.summerlabnantes.net/2018/). Nous nous contenterons ici d’un inventaire à la Prévert de ce que nous avons pu glaner ici ou là pendant les cinq jours qu’a duré cet événement et ce, sans ordre chronologique ou préférentiel : la visite d’une partie du port de Saint-Nazaire pour en comprendre les aspects historiques et, dans le même temps, relever comment la flore sauvage s’est emparée des lieux tout en écoutant une violoniste qui profite de l’acoustique procurée par une ancienne base sous-marine de l’armée allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale pour improviser (brillamment), la sonorisation d’un harmonographe, l’amélioration des « partagettes » (boîtiers contenant toute sorte de contenus numériques à disséminer dans la nature ou l’environnement urbain), le développement d’hydrophones lowtech, un atelier de reconnaissance des sons qu’ils proviennent des profondeurs océaniques à l’espace, le déploiement d’un protocole expérimental pour emmener des « vers de Roscoff » dans l’espace ou a minima simuler ce « voyage », l’exploitation artistique des plantes recueillies lors des différentes pérégrinations organisées autour du lieu de l’événement, la « documentation » des plantes sauvages dans l’espace urbain grâce à des botanistes amateurs, l’initiation à l’arpentage d’ouvrages, la pratique de la musique expérimentale sur le thème du Summelab… Vous l’aurez compris, et comme nous l’annoncions plus tôt, impossible de prétendre à une quelconque exhaustivité.

Pourtant ces quelques exemples nous permettent de tirer quelques « conclusions » : il faut avoir une certaine ouverture d’esprit pour prendre part à de telles activités, la connaissance du sujet et des acteurs est un préalable essentiel à la bonne marche d’un tel événement, l’improvisation n’est pas là où on le croit, les conditions fournies par les organisateurs – bien que semblant transparentes – témoignent d’une expérience accrue des pratiques collectives et enfin, quiconque sorti de son carcan professionnel ou quotidien est à même de faire preuve de créativité et ou de prendre part à une activité de création.

Nous avons évoqué à deux reprises le travail de préparation d’un tel événement, il faut souligner que les temps communs organisés en soirées qu’ils soient de l’ordre de la scène ouverte, de la présentation par un conférencier ou de la projection d’un film expérimental, sans parler de la restauration « alternative » aux pratiques exemplaires, participent activement à la cohésion d’ensemble d’un tel événement.

En définitive, le participant ressort du Summerlab à la fois requinqué et revigoré mais, dans le même temps, presque démuni face à l’idiotie du monde « réel », aux barrières qui lui sont imposées et à la difficulté de faire perdurer au quotidien l’état d’esprit qui l’a animé pendant quelques jours.

 

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