Labo commun

Depuis quelques années déjà, PiNG interroge les relations étroites qu’entretient la société avec les technologies numériques en déployant des programmes d’exploration aux thématiques diverses, auxquels sont associés chercheurs.ses et artistes. Aujourd’hui, PiNG questionne sa méthode d’exploration et souhaite la repenser pour développer un Labo Commun en mesure de proposer des espaces-temps et des formats de travail qui associent quiconque s’intéresse à ces sujets, favorisent la mixité des profils, des parcours, des cultures et des disciplines et permettent le développement d’un pensée critique éclairée et fondée notamment sur des échanges ouverts et bienveillants. De 2020 à 2021, PiNG travaillera à définir les contours de ce Labo Commun tant sur le fond que sur la forme.

PiNG explore l’omniprésence des technologies numériques dans nos sociétés. Pour ce faire, elle met en place différentes actions et formats de recherche. Ses ateliers de pratique permettent aux adhérents d’interroger par le faire le monde numérique dans lequel nous évoluons. Ses programmes de recherche-action, auxquels elle associe des artistes/chercheurs.ses (les explorateurs.rices associé.es) et d’autres acteurs de son écosystème (écoles, acteurs culturels, sociaux…) permettent d’avancer sur un sujet en croisant les savoirs et les disciplines et en faisant appel au penser et au sentir. Ces programmes de recherche-action s’invitent parfois dans les ateliers de PiNG, et inversement, à travers une programmation dédiée (workshop, résidence, conférence…). Ainsi, adhérents/chercheurs/artistes se rencontrent et échangent, pratiquent parfois ensemble.

On constate dans la façon actuelle d’explorer que la collaboration entre adhérents, chercheurs et artistes dépend pour beaucoup d’un fonctionnement programmatique plus que d’une collaboration au long cours. Lors des temps communs d’exploration, chacun.e reste dans son rôle et garde « la casquette » avec laquelle il/elle rejoint le projet. La parole n’est pas toujours distribuée équitablement et la posture du sachant reste de vigueur bien que les formats se veulent les plus ouverts et collaboratifs. Comment dès lors créer un laboratoire qui dépasse les statuts pour faire cause commune ? Quelle culture et lexique communs mettre en place pour collaborer ? Quels espaces/temps créer et déployer pour dépasser l’aspect programmatique? Comment proposer des formats de travail dans lesquels chacun.e peut trouver sa place et faire avancer le sujet pour tous ?

PiNG cherche actuellement à éclairer ces questionnements en imaginant un nouveau format d’exploration collective, le laboratoire commun, permettant de :
> Créer un espace de recherche commun ouvert à toutes et tous, partant de la base des adhérents de PiNG et invitant chercheurs.ses et artistes à participer,
> Décloisonner les approches et les pratiques (faire, sentir, penser), les disciplines (techniques, artistiques, de recherche),
> Changer les postures des un.e.s et des autres, les représentations des catégories dans lesquels ils/elles se positionnent, et des un.e.s vis-à-vis des autres en sortant notamment de la posture du sachant, en imaginant celle de chercheur.se collectif.ve (amateur?),
> Composer les savoirs au sens propre (savoirs, savoir-faire, savoir-être) à partir des savoirs des individus (nous avons tous une culture de laquelle partir et à partager), terreau commun duquel partir en terme de langage et de « pré-requis »,
> Sortir d’actions de programmation (descendantes) et créer ensemble de nouveaux formats d’exploration collective rendant les participant.e.s acteurs.rices,
> Favoriser l’esprit critique dans sa vision constructive pour mieux répondre aux enjeux actuels et à venir.

Pour avancer dans la définition de ce laboratoire commun, PiNG a lancé un programme de travail fondé sur les actions suivantes :
> Défricher en animant un travail de recherche et de veille, en organisant des rencontres de travail sur ces sujets (les forums camps)
> Prototyper le laboratoire commun en s’appuyant sur un groupe de travail dédié chargé d’en définir les contours et en expérimentant de nouveaux formats d’exploration collective,
> S’inspirer en participant à des temps forts dédiés au tiers-secteur de la recherche, aux sciences participatives, à la recherche-action, en invitant ou en allant rendre visite à des structures inspirantes
> Documenter en partageant au maximum dans cet espace et par le biais de fanzines et d’affichages dans les lieux de PiNG les travaux et réflexions

DÉFINIR LES CONTOURS DU LABO COMMUN, UN GROUPE DE TRAVAIL DÉDIÉ

Afin de tester, expérimenter, prototyper une nouvelle approche de la recherche collective, le laboratoire commun, PiNG a lancé au printemps 2020 un groupe de travail dédié réfléchissant aux axes forts qui le composent :
> les parties prenantes (disciplines, cultures, savoirs, rôles…)
> les espaces (lieu dédié/situé, recherche nomade/hors sol…)
> les temps (longueur, régularité, interstices…),
> les formats d’exploration collective (enquêtes, summerlabs, récits…),
> la communication (langage, médiation, posture…)
> les productions collectives (formats, documentation, culture libre…),

Ce groupe de travail se réunit une fois par mois. Il est composé des quatre chargés de projet de PiNG animant des programmes d’exploration et dont le laboratoire commun sera le nouveau format de recherche partagé. Fonction des sujets abordés, le groupe de travail accueille des intervenant.es inspirant.e.s, invite des adhérent.e.s à participer aux réflexions.

CHERCHER ENSEMBLE, TESTER DES FORMATS D’EXPLORATION COLLECTIVE

> ARC #1 : 09 septembre 2019
> ARC #2 : 10 octobre 2019
> ARC #3 : 14 novembre 2019
> ARC #4 : 12 décembre 2019
> ARC #5 : 9 janvier 2020
> ARC #6 : 13 février 2020
> ARC #7 : 10 mars 2020
> ARC #8 : 9 avril 2020 (à distance)

De septembre 19 à avril 20, PiNG a testé un nouveau format d’exploration collective : les ARCs, Atelier de Recherche-Création. Tous les deuxièmes jeudis du mois, aux mêmes endroits et horaires que les ateliers ouverts de PiNG, un espace-temps d’enquête collective a été proposé à toutes et tous, chacun.e pouvant le rejoindre à tout moment de l’après-midi ou de l’année.

Directement inspirés par les ARCs délivrés dans les écoles d’arts, ces ateliers expérimentaux ont tenté de répondre aux objectifs suivants : créer des ponts entre les projets d’exploration de PiNG et les ateliers ouverts que l’association anime, formats souvent hermétiques l’un à l’autre, favoriser une mixité et une ouverture des groupes d’exploration collective, croiser les pratiques du « faire », « penser », « sentir », faire de nos lieux des laboratoires citoyens.

Vous pouvez retrouver ce qui s’est passé au cours de ces différents rendez-vous ici : https://frama.link/arcping

Une quinzaine de personnes, parfois moins quand la température de l’atelier était peu clémente comme en novembre, étaient présentes à chaque séance. La plupart venaient exprès pour prendre part à ce temps d’échange et de pratique. Certains adhérents, déjà présents dans les ateliers, rejoignaient le groupe, bien souvent invités par les chargés de projet PiNG à lever le nez du bricolage et venir échanger.

La porosité entre les activités n’a pas toujours été évidente tant sur la mixité des participants (extérieurs et adhérents) que sur celle des pratiques. En effet, le souhait que l’ARC puisse être un espace-temps qui mêle le faire et le penser, la pratique et la réflexion, n’a pas toujours été évident et l’on a plus souvent vécu des temps d’échange/discussion autour de lectures/oeuvres/références/podcasts … que des temps de création/pratique/bricolage partagés. Le thème très large de ces échanges, chronotopies, n’est certainement pas étranger à ce biais intellectuel.

Par ailleurs, l’animation de ce temps fort se voulant la plus organique possible et la moins orientée, en cherchant au maximum à ce que les participants s’auto-organisent, soient force de propositions et à ce que l’équipe PiNG soit plutôt du côté des participant.e.s que des animateur.rices, l’approche par l’échange et la discussion révèle peut-être le besoin de partager, échanger, mettre en perspective des points de vue avec une liberté de ton et de parole et une bienveillance appréciées de toutes et tous.

L’un des enjeux du laboratoire commun de PiNG étant d’embarquer nos adhérents dans des démarches d’exploration mêlant le faire et le penser, il apparaît qu’il faille ré-orienter quelque peu les formats proposés pour impliquer réellement ces personnes dans une démarche de réflexion collective. Pour ce faire, PiNG souhaite s’appuyer sur les enseignements des ARCs pour proposer de nouveaux formats pour la saison 20/21 : les enquêtes collectives et une radio collective, la radio contre-temps.

Pour la saison 20/21, PiNG souhaite tester de nouveaux formats d’exploration collective soit :
… un ensemble de rendez-vous permettant de dialoguer autour des cultures numériques et de développer un regard critique et une pensée personnelle affûtée sur le monde technique et technologique qui nous entoure,
… ouvert à toute personne curieuse, intéressée par le thème proposé, sans compétence ni connaissance particulière du sujet mais ayant envie d’en apprendre plus, de prendre part à un groupe d’échange et de réflexion commun, présente quand elle le peut/le veut,
… des formats de travail divers, au service d’une exploration collective autour d’un thème commun, mêlant le faire, le penser, le (re)sentir, croisant les disciplines et les pratiques,
… une expérimentation pour tenter de repenser les méthodes d’exploration de PiNG.

Comme premier thème de travail, PiNG propose :

POUR UNE CONTRE-HISTOIRE DES TECHNOLOGIES

De l’invention de la roue aux voitures autonomes, nous pensons que l’histoire des technologies n’est pas séparable de sa contre-histoire. C’est notamment ce que montre l’historien François Jarrige dans son ouvrage Technocritiques : l’accélération du développement technologique depuis l’époque moderne et la « révolution industrielle » coïncide avec la multiplication des refus des machines et de la contestation des technosciences.
Nous lançons donc ce programme d’enquête pour cartographier les critiques, arpenter des textes et rentrer ensemble au contact de pensées et de pratiques riches et protéiformes (de Ned Ludd au Groupe Marcuse en passant par l’Encyclopédie des Nuisances ou Ivan Illich).
Face à l’idéologie d’un « progrès technique » neutre et linéaire, nous verrons que l’histoire des technologies est une dynamique polémique où l’introduction de nouveaux outils, de nouvelles manières de faire, de produire et de vivre ne se fait pas sans aller-retours, sans poser de questionnements et donc sans nécessiter des prises de décisions. Alors, s’approprier une histoire critique des technologies c’est se donner les moyens de prendre du recul sur cette idée d’un cheminement technique inéluctable et faire de son développement un véritable enjeu démocratique :

« Il ne suffit pas de changer le monde. Nous le changeons de toute façon. Il change même considérablement sans notre intervention. Nous devons aussi interpréter ce changement pour pouvoir le changer à son tour. Afin que le monde ne continue pas ainsi à changer sans nous. Et que nous ne nous retrouvions pas à la fin dans un monde sans hommes. »

Anders, Gunther. (1980). L’ Obsolescence de l’homme T. II, Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle. Fario

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